Plateau ovale : est-ce que ça marche vraiment ? Mon avis en gravel

Le plateau ovale, c’est un de ces sujets où tout le monde a un avis et où personne n’a la même réponse.

Moi, j’en ai monté un il y a six ans pour une seule raison : mon genou gauche.

Depuis, j’en suis sorti contre mon gré, j’y suis revenu, et je roule aujourd’hui avec deux plateaux Rotor sur mon gravel.

Alors, gadget marketing ou vrai plus ? Les deux, selon ce que vous en attendez.

Je vous raconte tout ça, chiffres des marques compris et je termine par une astuce pour tester sans vider le porte-monnaie.

Un plateau ovale, ça sert à quoi ?

Un plateau ovale change le braquet au cours d’un même tour de pédale.

Quand vos manivelles sont à la verticale, vos jambes ne poussent presque rien : c’est le fameux point mort, en haut et en bas.

À cet endroit, l’ovale présente son plus petit diamètre, donc un braquet plus court et on passe le point mort plus facilement.

Quand les manivelles arrivent à l’horizontale, là où vous avez de la force, le plateau présente son plus grand diamètre et le braquet s’allonge.

En gros : moins de résistance là où vous êtes faible, plus de résistance là où vous êtes fort.

Forme non circulaire d'un plateau ovale Rotor Q-Rings vue de trois quarts, avec le dérailleur avant remonté au-dessus
Moins de dents dans les points morts et plus de dents là où on a la force d’appuyer !

Sur le papier, ça lisse le coup de pédale et en vrai, ça le fait aussi !

La sensation est difficile à décrire, mais on a l’impression de pédaler plus rond avec un plateau ovale (oui, ça n’a pas trop de sens et pourtant…).

Un peu comme si le pédalage était assisté, une sorte de fonction semi-automatique, un petit moteur qui vous aide à passer le point mort.

Les puristes parlent d’ailleurs de plateau non-circulaire plutôt qu’ovale, parce que toutes les marques n’ont pas la même forme.

D’ailleurs, si le principe est aussi simple, pourquoi j’y suis venu si tard ?

Ovale, ovalisé, double came : trois écoles

Rotor propose une ovalisation de 10 % sur ses Q-Rings, discrète, avec un réglage d’angle sur cinq positions. absoluteBLACK tourne autour de 12 % d’ovalisation, sans réglage, avec des dents narrow wide pensées pour le mono plateau. Osymetric, la marque française, n’est pas ovale du tout mais en double came, avec une forme bien plus marquée qui demande plus d’adaptation. Les trois fonctionnent sur le même principe, à des degrés différents.

Pourquoi je suis passé à l’ovale : mes genoux

J’ai découvert le plateau ovale parce que j’avais mal au genou gauche, souvent et sans explication.

J’ai réglé ma selle, changé de selle, changé de cuissard, rien à faire !

Et puis un jour, je me suis dit que tout le monde en parlait, autant tester l’oval : plus aucune douleur.

Vraiment, j’ai pu refaire du vélo confortablement et ça m’a paru miraculeux.

Mais attention, je vais être honnête avec vous : je ne suis pas certain que ce soit uniquement le plateau.

Vue du cycliste sur son genou et sa chaussure en plein coup de pédale, sur un chemin de gravier
Des années de pédalage et plus une seule douleur, le genou droit apprécie !

Quelques années plus tard, j’ai dû repasser sur du rond (j’y reviens plus bas) et la douleur n’est pas revenue.

Entre-temps, j’avais beaucoup plus de kilomètres dans les jambes, donc plus de force, donc moins tendance à pédaler en force justement.

Mon hypothèse, c’est que le débutant que j’étais écrasait le point mort au lieu de le passer et que c’est ça qui tirait sur le genou.

L’ovale a réglé le problème à l’époque, l’entraînement l’a peut-être réglé ensuite, difficile de trancher.

Ce qui est sûr, c’est que j’ai fait la traversée de la France en plateau rond sans une seule douleur.

Bon, mais est-ce que l’ovale fait vraiment gagner quelque chose ou c’est juste une sensation ?

Le plateau ovale est-il plus efficace ? Ce que disent les marques et les études

Les marques ne sont pas timides sur le sujet.

absoluteBLACK annonce jusqu’à 9 % d’efficacité de force en plus et 7 % de consommation d’oxygène en moins, d’après une étude de l’université de Primorska, que la marque a elle-même financée.

Osymetric parle de 10 % de puissance maximale aérobie en plus. Ahhhh le marketing…

Côté indépendant, c’est une autre musique.

Frédéric Grappe, entraîneur et chercheur à Besançon, a étudié les Osymetric et n’a trouvé aucun gain notable.

Le magazine Vojo, qui a épluché la littérature scientifique, résume bien le truc : le gain de puissance existe sur le papier, mais il se paie en fatigue musculaire et personne ne sait dire à partir de quand l’un annule l’autre.

Gravel équipé d'un plateau ovale Rotor Q-Rings sur pédalier GRX, posé contre un piquet de vigne en Alsace
Des pourcentages, les marques en promettent. Moi, je retiens ce que je sens ici !

Sur route, avec une cadence élevée en plaine, les études ne voient pas grand-chose non plus.

Et moi, j’ai senti quoi ?

Je n’ai pas de capteur de puissance, donc je ne vous donnerai aucun pourcentage, j’avoue.

Mais je peux vous dire ce que ce n’est pas : ce n’est pas le saut qu’on fait en passant de roues alu bas de gamme à des roues carbone.

Pour moi, l’ovale n’est pas une arme de performance, c’est autre chose et ça se joue sur les chemins.

En gravel, là où ça change vraiment : la motricité

Le bénéfice du plateau ovale, je le sens quand je pédale en force et nulle part ailleurs.

Prenez les chemins dans les vignes en Alsace, mon terrain de jeu : du sable, des gros cailloux qui roulent sous le pneu et des coups de cul à 15 %.

Dans les Vosges, c’est pareil, il y a des zones très sablonneuses, très fuyantes.

Là, vous êtes sur le dernier braquet, il n’y a plus rien sous la main et chaque coup de pédale passe en force.

Avec un plateau rond, le point mort se passe mal, le pédalage devient saccadé et la roue arrière ne tourne plus à un rythme régulier.

Résultat : elle dérape sur les cailloux et vous perdez de la motricité.

Avec l’ovale, le coup de pédale reste plus rond et l’arrière accroche et ça, ça change tout en montée !

Plus la cadence est basse, plus le point mort est dur à passer et plus l’ovale sert.

Plateau ovale Rotor Q-Rings sur un gravel arrêté dans un chemin sablonneux, trace de pneu dans le sable
Sur ce genre de sable, un pédalage saccadé et la roue arrière décroche aussitôt !

C’est pour ça que je le trouve ultra pertinent en gravel et en VTT (j’ai un ovale SRAM sur mon VTT depuis des années) et bien moins sur un vélo de route en plaine par exemple.

Et en bikepacking, c’est encore plus flagrant !

Je l’ai senti dans le sens inverse lors de ma traversée de la Forêt-Noire, chargé comme un mulet, en plateau rond.

J’étais encore en 46/30 avec une cassette 11-34, sur des montées allemandes très raides, pourtant sur un terrain bien tassé.

Là, j’ai souffert et mes genoux me l’ont rappelé alors que ça faisait des années qu’ils étaient tranquilles.

Ce n’est pas ce voyage qui m’a fait revenir à l’ovale, c’est un pote qui revendait ses plateaux, mais j’y serais revenu tôt ou tard.

Combien de temps pour s’habituer ?

Les premières sorties en ovale, ça fait bizarre.

On a l’impression de pédaler dans la semoule : on appuie, ça s’enfonce et une fois en bas les jambes font n’importe quoi.

Comme s’il y avait des à-coups, alors que c’est justement l’inverse qui se produit.

Bon, ça dure une semaine, peut-être trois sorties et ensuite c’est oublié.

Une fois qu’on l’a dans les pattes, c’est ultra naturel et on ne veut plus revenir en arrière.

Quand j’ai remonté un ovale sur le gravel après deux ans de rond, il m’a fallu une sortie, une seule !

Par contre, si vous alternez entre un vélo en rond et un vélo en ovale, votre corps mettra plus longtemps à s’habituer aux deux.

Et puis il y a la question que tout le monde oublie avant d’acheter…

Vue de profil du double plateau ovale Rotor Q-Rings sur pédalier GRX, chaîne sur le grand plateau
Trois sorties un peu bizarre et ensuite on ne le sent même plus !

Quel plateau ovale pour quel pédalier ? Compatibilité GRX, SRAM, Shimano

On ne met pas n’importe quel plateau sur n’importe quel pédalier, clairement pas.

Il y a l’entraxe d’abord, la distance entre les points de fixation, qui diffère entre Shimano route, GRX, SRAM et le direct mount.

Il y a l’offset ensuite : sur un gravel ou un VTT, le plateau est déporté pour laisser passer le pneu et tenir la ligne de chaîne.

Et sur SRAM en mono plateau, il faut un nombre de dents pair, sinon la retenue de chaîne ne fonctionne pas correctement.

Parfois, votre pédalier n’est tout simplement pas compatible et il faut carrément en changer.

Et là, ce n’est plus le même budget !

Mon conseil : regardez le tableau de compatibilité de la marque avant de commander et en cas de doute, écrivez à leur assistance, ils répondent.

Marquage Q46(30) BCD110 gravé sur un plateau ovale Rotor Q-Rings monté sur manivelle Shimano GRX
Tout est gravé sur le plateau : denture, entraxe, il suffit de savoir où regarder !

Perso, voici mon setup :

Mon gravel est un BAAM Argh en acier, en Shimano GRX RX600 double plateau, 46/30 d’origine, manivelles de 172,5 mm.

J’ai choisi le Rotor Q-Rings version GRX, parce que l’entraxe GRX est spécifique et que cette version est compatible d’office.

Pourquoi Rotor plutôt qu’absoluteBLACK ? Parce que j’avais déjà roulé en Rotor Vegast à l’époque et que c’est du beau matos, bien usiné.

Pour le reste, entre les deux, c’est une histoire de goût sur le design.

Au montage, en double plateau, une seule vraie contrainte : remonter le dérailleur avant de 5 mm, voire un peu plus.

Sur mon acier, le collier se déplace librement sur le tube de selle, donc aucun problème.

Ensuite, vous réglez vos butées haute et basse comme d’habitude et franchement, en passage petit-grand plateau, zéro différence avec un plateau Shimano.

Le seul détail visible : comme le plateau grandit et rétrécit à chaque tour, la chape du dérailleur arrière fait de petits mouvements d’avant en arrière pour tenir la chaîne.

Est-ce que ça fatigue le ressort à la longue ? J’avoue ne pas l’avoir mesuré, mais en plusieurs années je n’ai jamais eu le moindre souci.

En mono plateau, tout ça disparaît : pas de dérailleur avant, donc rien à remonter.

Si vous hésitez encore entre les deux, j’ai détaillé le sujet dans mon article sur le mono ou double plateau en gravel.

Pour le reste de votre transmission, je vous renvoie vers les composants d’un gravel, histoire de ne pas tout mélanger.

Et si je vous disais que le problème de mon Felt avait une solution à 50 euros ?

Attention à la patte de dérailleur brasée

Sur mon ancien Felt VR, la patte du dérailleur avant était brasée sur le cadre, à hauteur fixe. Impossible de remonter le dérailleur, donc impossible de monter un grand plateau ovale. J’ai dû repasser sur du rond pendant deux ans. Vérifiez ce point avant d’acheter, surtout sur un cadre carbone où les diamètres de tube ne permettent pas toujours de déplacer un collier.

Mon conseil : commencez par le petit plateau

Rien ne vous oblige à changer les deux plateaux.

Vous pouvez monter un petit ovale et garder le grand en rond, ou l’inverse, ça fonctionne sans aucune incidence.

Et le petit plateau, c’est celui que vous utilisez en montée, là où l’ovale est vraiment utile.

C’est aussi le moins cher : comptez 40 à 50 euros pour un petit plateau Rotor en GRX, contre 90 à 100 euros pour un

AbsolutBlack plateaux ovales

en grand plateau ou en mono.

Mais le vrai avantage est ailleurs.

Plateau ovale et pédalier entièrement recouverts de boue séchée après une sortie sur terrain humide
Même noyé dans la boue, il fait le boulot : investissez petit, roulez beaucoup !

Comme le grand plateau reste rond, pas besoin de remonter le dérailleur avant.

Autrement dit, ça marche même avec une patte brasée fixe, comme sur mon Felt… si seulement j’y avais pensé à l’époque !

Je ne l’ai pas fait moi-même, mais un pote a monté ce setup sur mon conseil et ça roule sans le moindre souci.

Si ça vous plaît, vous passez le grand plateau ensuite. Sinon, ça se revend super bien en occasion.

Deux points noirs quand même.

Le prix, qui peut vite grimper si vous changez les deux plateaux, cela dit, un plateau rond de marque n’est pas donné non plus.

Et la disponibilité : trouver le bon modèle avec la bonne denture et le bon entraxe, en stock, c’est parfois une vraie chasse au trésor. Ce n’est pas top, mais on finit toujours par trouver.

Alors, vous le montez ou pas ?

Mon avis : à qui je le conseille

Le plateau ovale, je le recommande à tout le monde et à personne.

Ce n’est pas une question de niveau, c’est une question de sensibilité : on ne ressent pas tous la même chose.

Comme tout dans le vélo, on vous promet des watts, mais est-ce que vous arrivez à les percevoir ? Ça fait partie d’un tout.

  • Si vous avez mal aux genoux, que vous forcez en montée et que vous êtes déjà au bout de votre cassette, l’ovale est pour moi la solution la plus simple et de loin la moins chère.
  • Si votre plateau est usé et qu’il faut le changer de toute façon, c’est l’occasion rêvée de tester sans rien perdre.
  • Si vous roulez surtout sur route, en plaine, avec une cadence élevée, je ne suis pas sûr que vous sentiez quoi que ce soit.

Moi, en tout cas, je n’ai aucune envie de repasser au rond.

Bonne route sur les cailloux !

FAQ sur le plateau ovale

Pourquoi un plateau ovale ?

Pour passer plus facilement le point mort, en haut et en bas du coup de pédale. Le braquet se raccourcit là où la jambe est faible et s’allonge là où elle est forte, ce qui lisse le pédalage et soulage les genoux.

Un plateau ovale est-il compatible avec mon pédalier ?

Pas forcément. Il faut vérifier l’entraxe, l’offset et, chez SRAM en mono, le nombre de dents pair, en consultant le tableau de compatibilité de la marque avant d’acheter.

Combien de temps faut-il pour s’habituer à un plateau ovale ?

Une semaine, trois sorties environ. Les premiers kilomètres donnent l’impression de pédaler dans la semoule, puis le corps s’adapte et on n’y pense plus.

Quels sont les inconvénients d’un plateau ovale ?

Le prix et la disponibilité surtout. En double plateau, il faut aussi pouvoir remonter le dérailleur avant de quelques millimètres, ce qui n’est pas possible sur tous les cadres.

Le plateau ovale est-il mauvais pour les genoux ?

Pour moi, c’est l’inverse, c’est même ce qui m’a enlevé mes douleurs au genou gauche. Mais passez-y progressivement, sans changer de vélo tous les deux jours, le temps que vos jambes s’y fassent.

Pourquoi les pros n’utilisent-ils pas de plateaux ovales ?

Certains en ont utilisé, Wiggins et Froome ont gagné le Tour avec des Osymetric. Mais les équipes roulent avec le matériel de leur équipementier, et Shimano comme SRAM ne poussent pas l’ovale.

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marvin de gravel rider

Marvin

de Gravel Rider

Fan de Gravel dans les Vosges et en Alsace, j’aime autant la route que les chemins !

Amoureux de la nature et des aventures à vélo, notamment sur un gravel…

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